Par Céline Deluzarche, Journaliste, Publié le 27/03/2021

Certains gènes neuronaux connaissent un pic d’activité après l’arrêt du cerveau, continuant de développer des cellules comme s’ils croyaient à une possible résurrection. De quoi interroger sur la définition même de la mort.

L’Organisation mondiale de la santé définit la mort comme « la disparition irréversible de l’activité cérébrale ». Une définition qui va sans doute devoir être révisée, au vu d’une nouvelle étude parue dans le journal Scientific Reports. Cette dernière montre que certains gènes présentent une activité étonnamment élevée jusqu’à 24 heures après la mort.

Lorsque le cœur s’arrête, la circulation sanguine n’irrigue plus le cerveau, ce qui provoque une dépolarisation des neurones qui meurent. Au bout de quelques minutes, le cerveau ne montre plus aucune activité électrique. Cependant, des études chez l’animal ont montré que certains gènes restent actifs après la mort. Chez la souris ou le poisson-zèbre, plus d’un millier de gènes continuent ainsi à transcrire des molécules jusqu’à quatre jours après la mort. Mais jusqu’à présent, ce phénomène n’avait pas été observé chez l’Homme.

Pour leur nouvelle étude, Jeffrey Loeb et ses collègues de l’Université de l’Illinois à Chicago ont eu un accès exceptionnel à des tissus cérébraux humains tout fraîchement collectés d’individus épileptiques ayant subi une chirurgie pour réduire leurs convulsions. Ils ont ensuite simulé une mort contrôlée et examiné l’expression des gènes au cours des 24 heures suivant la mort.

Des gènes « zombies » qui se réveillent quand les autres s’endorment

L’activité de la majorité des gènes analysés (80 %) est restée relativement stable pendant 24 heures. Il s’agit de tous les gènes assurant les fonctions cellulaires de base. Un autre groupe de gènes, connu pour être présent dans les neurones et dont il a été démontré qu’il est étroitement impliqué dans l’activité cérébrale humaine telle que la mémoire, la pensée et l’activité convulsive, s’est rapidement dégradé dans les heures qui suivent la mort. Enfin, un troisième groupe de gènes, voit son activité fortement augmenter au fur et à mesure que celle des gènes neuronaux décline, avec un pic à 12 heures après la mort. Ces « gènes zombies », comme les surnomme Jeffrey Loeb, sont spécifiques aux cellules inflammatoires appelées cellules gliales. Grâce au réveil des gènes zombies, qui continuent à retranscrire des protéines et à réguler les fonctions vitales, ces dernières grandissent et construisent de longs appendices en forme de bras jusqu’à plusieurs heures après la mort, décrivent les auteurs.

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