Récit de Colette Prochasson

[…]

Le lendemain, à l’hôpital, * je passe la journée au chevet de ma mère et ne prends pas le temps d’un repas. Je descends simplement à l’accueil m’acheter un paquet de biscuits. Je ne distingue pas les étiquettes des prix, mais peu importe. La vendeuse m’annonce : 2,46 € !! Ici aussi, « ils » ont tout prévu pour me signaler « leur » présence !! **

Oui, pour moi, il est absolument indéniable que des êtres invisibles vont et viennent autour de maman. Aussi bizarre (voire choquant) que cela paraisse, je me sens rayonner d’une joie profonde, une sorte de plénitude spirituelle. J’observe ma mère, avec l’émotion que l’on imagine…

Je suis debout contre le lit, la main droite de maman entre les miennes. Elle ne parle plus depuis plusieurs jours déjà. Mais elle me regarde intensément, comme pour me faire comprendre qu’elle est consciente et me reconnaît. Je souris et lui parle tendrement, lui disant qu’elle ne s’inquiète pas, que nous allons l’aider, que tout va bien se passer. Elle soupire, je pense qu’elle comprend.

Soudain, ce que je suis en train de vivre à son chevet me rappelle exactement ce que j’ai vu jadis dans mes accompagnements en soins palliatifs. Je l’ai relaté dans mon premier livre (chapitre 14) et, si jamais mes écrits actuels font l’objet d’un nouveau livre un jour, je le reproduirai en Annexe à la fin de l’ouvrage.

Car j’estime qu’il est absolument indispensable que le public sache que nous ne mourons pas seuls : « on » vient nous chercher depuis l’au-delà ! C’est indubitable, et ce ne sont pas des hallucinations, surtout pas « dues aux médicaments », comme certains le prétendent : ma mère, à cette date, n’a aucun autre traitement qu’une hydratation.

Maintenant, elle parcourt la chambre du regard, ses yeux vont et viennent de haut en bas, de droite à gauche. Elle tourne lentement la tête comme pour suivre quelque chose… ou quelqu’un … que je ne vois pas, mais dont je ressens une vague présence. Je vois sa gorge vibrer et un soupçon de mouvement se dessiner sur ses lèvres, comme si elle parlait et voulait sourire, mais cela ne s’adresse pas à moi, elle regarde devant elle, en haut, en bas, à droite, à gauche Le frémissement de ses sourcils marque la surprise.

Soudain, elle dégage sa main d’entre les miennes et tente d’élever les bras en les tendant en avant, tel un geste d’accueil. Alors, je comprends ! Je suis témoin de la visite de « ceux » qui viennent la chercher. Je frissonne d’émotion et me penche vers elle. Nos yeux se croisent, sa main reprend la mienne. Avec un grand sourire vibrant d’affection, je lui dis quelque chose comme : « – je sais qu’il y a ici quelqu’un que je ne vois pas. Il vient pour toi, tu peux le suivre. Je crois que c’est papa, ton Maurice, c’est ça ? »

Elle oscille la tête vers moi, son regard s’accroche au mien et se fait plus intense, et, de sa main gauche, elle me fait le geste « trois » avec les doigts en levant la main. Je m’esclaffe : « – ils sont trois ? Trois à venir te chercher ? Quelle chance ! Tu vois, c’est formidable. » Elle semble acquiescer en fermant les paupières. Je l’embrasse sur la joue, sur le front, en lui disant que tout va bien. Puis je me recueille, confiante, en remerciant « ceux » qui sont venus. Je ne suis pas triste.

 

 

L’équipe mobile des soins palliatifs a bien pris en charge notre mère. Selon sa volonté, sa vie ne sera pas prolongée artificiellement,. Elle l’avait demandé par écrit dans ses directives anticipées. (c’est important de faire connaître cette démarche à tous les Français). Cependant, personne ne peut savoir combien de temps son cœur va tenir, même en prenant soin qu’elle ne souffre pas.

« – Ça peut durer longtemps » me disent les soignants.

J’ajoute la phrase de l’Évangile : nul ne connaît ni le jour ni l’heure !

Si cette fin de vie se prolonge pendant des jours, il m’est impossible d’attendre ici, à mon grand regret. Il me faut rentrer à nouveau à Bussières ! (six heures de route)

 

Récit de Colette Prochasson

auteure de « L’au-delà dans ma vie » aux éditions EdiLivre : >> voir le site <<

 

* à Hyères (Var)

** le 46 est mon année de naissance et sert à l’au-delà pour me faire « signe » !

One Comment

  1. Marie Ellis 5 avril 2021 at 18h45 - Reply

    Excellent article. I will be dealing with some of these issues as well..

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